ANALYSE FILMIQUE : PASSER DU MONDE RÉEL AU MONDE IMAGINAIRE

14 min 50 à 20 min 04

Un cyclone au Kansas nous entraîne dans un monde féérique peuplé de fées, sorcières et créatures imaginaires. Comment les personnages et les spectateurs passent-ils d’un monde à l’autre ?

La tornade bouscule et balaie les codes du réalisme

La transition entre les deux mondes doit être réussie afin de ne pas rompre l’illusion. Les spectateurs sont en effet amenés à abandonner les codes réalistes du début du film pour se laisser aller à l’enchantement, à la couleur, au chant et à la danse. Comment cela fonctionne-t-il ? D’une part, le monde extraordinaire est préparé dès le début par la représentation d’un monde ordinaire inconfortable où Dorothy ne trouve pas sa place. Elle est par exemple en conflit avec Mlle Gulch et rêve d’un ailleurs, comme elle l’exprime dans « Over the rainbow », annonce de la suite de l’histoire. La tempête sera l’élément déclencheur qui la mènera au-delà de l’arc-en-ciel.
Le point de fuite dans ce plan large avec une grande profondeur de champ dirige notre attention vers l’arrivée de la tornade, qui se profile à l’arrière-plan et dont le caractère inquiétant est souligné par l’obscurité qui envahit la moitié du cadre.
La transition vers le monde merveilleux semble vraisemblable car Dorothy affronte seule la tempête : elle est fragilisée, contrairement à sa famille qui est soudée en groupe.
Le montage alterné souligne ce contraste.
Dorothy cherche à se réfugier dans l’abri où sa famille se trouve, mais elle trouve porte close. On peut interpréter ce passage de façon métaphorique. Si sa famille se réfugie sous terre, Dorothy, elle, trouvera un refuge plus « céleste » puisque « derrière l’arc-en-ciel ».
Le raccord cut entre la porte de Dorothy qui s’envole, et celle de la cave aux tornades qui se referme souligne le contraste. Ces deux seuils n’ouvriront pas vers le même monde.
Le changement d’espace (extérieur / intérieur) n’est pas plus rassurant pour l’héroïne. Elle se trouve en effet dans « un faux-abri » : dans sa chambre, elle est exposée à la violence du cyclone. Une fenêtre se détache sous la poussée du vent et frappe Dorothy à la tête : on bascule dès lors dans le monde onirique, comme l’illustrent plusieurs choix de mise en scène. Par exemple, la musique accompagne ce renversement : un coup de cymbale retentit et un thème musical commence.
Le visage de Dorothy apparaît pendant plusieurs secondes en surimpression comme si elle se dédoublait, façon d’installer le registre merveilleux. Cet effet optique suggère aussi une ellipse temporelle.
On découvre les représentations mentales de Dorothy comme en témoigne cette surimpression.
Ces images vont ensuite se projeter dans l’encadrement de la fenêtre. Surréalistes et oniriques, elles représentent une réalité tout autre : les tailles sont modifiées (grosses poules / petits humains), les lois naturelles sont abolies (objets terrestres qui flottent dans le ciel, canotiers qui naviguent dans les airs, etc.). Le rêve de Dorothy se projette sur un écran. Une musique aux tonalités plus burlesques et fantaisistes accentue le caractère surréaliste de ces tableaux.
Un surcadrage insère un nouveau cadre dans le plan souvent grâce à des éléments du décor (porte, fenêtre, etc.). Ce procédé d’inspiration picturale oriente le regard du spectateur.

L’acariâtre Mademoiselle Gulch passe à vélo puis se transforme en sorcière via un fondu enchaîné. Le grand éclat de rire qui retentit, et le changement de thème musical annoncent le rôle diabolique du personnage dans le monde d’Oz.

Le monde merveilleux, du sépia à la couleur

L’effet de surprise chez le spectateur repose sur l’utilisation d’un contraste visuel et sonore. Le monde réel et le monde imaginaire s’opposent très nettement : l’un est sépia, l’autre en couleurs.
La première apparition de la couleur est soignée : l’effet doit être époustouflant pour le spectateur. Un long silence précède l’ouverture de la porte avant le début du thème « Over the rainbow ». Le procédé de surcadrage présente le monde d’Oz comme une récréation : il accentue l’effet esthétique en s’inscrivant dans la tradition picturale.
Un contre-champ nous montre Dorothy ébahie. À travers ce procédé, le spectateur est invité lui aussi à se laisser transporter à l’émerveillement. Le thème « Over the rainbow », associé au rêve, est signifiant. Dorothy est passée de l’autre côté de l’arc en ciel, comme elle le dira plus tard « Je crois que nous ne sommes plus au Kansas, Toto ».

Un mouvement de caméra nous embarque dans ce monde enchanté : on découvre les habitations, la végétation luxuriante de taille variée, la rivière, la route jaune, début du parcours initiatique. La plongée crée ici une grande profondeur de champ et nous permet de passer d’un espace clos et étriqué (chambre de Dorothy) à un espace spacieux, ouvert aux couleurs chatoyantes avec des décors somptueux, grandioses.

Un classique hollywoodien : postérité d’un film qui a marqué les imaginaires

Le Magicien d’Oz est une référence cinématographique : c’est le film le plus regardé au monde d’après la Bibliothèque du Congrès américain. Il continue de nourrir tout un imaginaire chez les spectateurs et les cinéastes, le pays d’Oz restant le lieu le plus symbolique de l’évasion, du rêve.
Charlie et la chocolaterie (2005) est une comédie musicale de Tim Burton.
Charlie et la chocolaterie (2005) produit par Warner Bros multiplie les allusions à ce film culte. Cette comédie musicale, adaptation de l’œuvre de littérature jeunesse de Roald Dahl du même titre, reprend la trame du voyage initiatique de Charlie, le môme qui a eu la chance de trouver un ticket d’or dans une tablette de chocolat. Le monde inconnu où pénètre le protagoniste, la chocolaterie de Willy Wonka, ressemble au monde merveilleux d’Oz. Il est peuplé de créatures inconnues, d’objets magiques, les couleurs y sont éblouissantes et contrastent avec celles du monde réel.
D’un côté, le monde ordinaire aux couleurs fades, de l’autre, le monde extraordinaire aux couleurs chatoyantes.

Le peuple des Oompas-Loompas rappelle celui des Munchkins.

La chocolaterie de Willy Wonka (à gauche) ressemble à la cité d’Oz dans son architecture.
Georges Lucas s’inspire de plusieurs personnages du Magicien d’Oz dans sa trilogie Star Wars (1977).
Dark Vador, bras droit de l’empereur Palpatine, a perdu une partie de son corps à l’instar des trois personnages du conte. Dark Sidious, incarnation de la magie noire et de la manipulation, est inspiré du personnage du magicien. Il apparaît derrière un hologramme et incarne la puissance technique et mystique.
Le magicien d’Oz (à gauche) et Dark Sidious.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988) est un film culte de Robert Zemeckis qui mêle animation et cinéma en prise de vue en temps réel.

À la fin, les personnages se désagrègent dans une solution verte, comme la méchante sorcière de l’Ouest se décomposait à cause du seau d’eau jeté par Dorothy.
Si les mentions, références, allusions jalonnent de nombreux films, Le Magicien d’Oz a également donné lieu à des suites. Par exemple, Sam Raimi revisite ce classique dans un préquel intitulé Le Monde fantastique d’Oz (2013). Un préquel désigne un film qui évoque des faits antérieurs à ceux de l’œuvre dont il s’inspire : il reprend donc l’univers et les personnages déjà existants.
Le film réunit Mila Kunis (Theodora) et James Franco (Oscar Diggs).
Ce film produit par Disney raconte l’histoire d’Oscar Diggs qui travaille comme illusionniste dans un cirque. Suite à une tornade, il se retrouve à Oz et y devient magicien grâce à ses trucages, tours et illusions. Le film réutilise le principe central du Magicien d’Oz pour traduire l’entrée dans le monde merveilleux : le passage du noir et blanc à la couleur.
Le Monde fantastique d’Oz représente le monde réel du début en noir et blanc.

Le Monde fantastique d’Oz représente le monde réel du début en noir et blanc.

Emeral City (2017) est une série américaine de Matthew Arnold et David Schulner.
« La cité d’Émeraude » se veut une suite contemporaine du Magicien d’Oz. Dorothy est une adulte qui cherche sa mère biologique dans le pays d’Oz, où le magicien est devenu un dictateur. Le film reprend le schéma narratif du film initial : l’héroïne est emportée dans une tornade et se retrouve dans un monde merveilleux. Sur sa route, elle croise « l’Épouvantail », un soldat amnésique qui ressemble à l’épouvantail sans cervelle.
Photogramme tiré de Emerald City (épisode 1)

« The Yellow brick road » suivie par le personnage pour aller jusqu’à Oz.
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