Le Magicien d’Oz (1939) est un classique hollywoodien de l’âge d’or des studios, comme Autant en emporte le vent (1939) ou Casablanca (1942). C’est un film-événement : premier musical en couleurs qui nous emmène dans le monde enchanté d’Oz, vers le chant, la danse et la couleur. Ce film qui révèle Judy Garland a marqué des générations de spectateurs et de cinéastes. Pourtant, il est traversé par un paradoxe : il n’est pas l’œuvre d’un seul artiste. Au contraire, plusieurs scénaristes et réalisateurs se sont succédé. Comment expliquer un tel succès quand on sait que le film échappe à la vision personnelle d’un auteur ? Le studio system ne favorisait en effet pas l’expression individuelle des artistes. Hypothèse souvent avancée : il s’agit d’un film de studio, signé MGM, avec des producteurs visionnaires qui ont chapeauté le projet dans son ensemble.
Affiche du film The Wizard of Oz (1939)
Synopsis : Dorothy Gale vit au Kansas dans la ferme de sa tante Em et de son oncle Henry, où elle s’ennuie. Suite à une tempête, elle s’évanouit et se réveille à Oz, un monde merveilleux peuplé d’êtres étranges, les Munchkins et autres créatures imaginaires, comme la fée Glinda ou la méchante sorcière de l’Ouest. Pour rentrer chez elle, Dorothy doit se rendre à la cité d’Émeraude pour rencontrer le magicien. Elle part donc à l’aventure et rencontre trois adjuvants sur sa route : un épouvantail sans cerveau (interprété par Ray Bolger), un bûcheron de fer sans cœur (Jack Haley) et un lion sans courage (Bert Lahr). Ils espèrent tous que le magicien d’Oz leur apportera ce dont ils manquent…
Photogramme du Magicien d’Oz avec de gauche à droite, Ray Bolger (l’Épouvantail), Jack Haley (le Bûcheron), Judy Garland (Dorothée) et Bert Lahr (le Lion)

LE MAGICIEN D’OZ, UN FILM DE STUDIO

Cette expression désigne une œuvre issue du système industriel des studios hollywoodiens, dont l’âge d’or se situe dans les années 30-40. Le film de studio est majoritaire jusque dans les années 50 : les majors permettent en effet au cinéma américain de dominer l’industrie cinématographique mondiale.
Les principaux studios surnommés les « les Big Five » sont la MGM, Warner, Paramount, 20th Century-Fox et Rko.
Ces grandes firmes sont dirigées par des producteurs dont le rôle consiste à assurer la liaison entre la créativité des artistes et les réalités commerciales. Or ces producteurs dont la place est centrale détiennent tous les pouvoirs. Ils ont par exemple la mainmise sur la création qui est parfois sacrifiée, étouffée au profit de la technique ou de leur vision personnelle. Par exemple, Louis B. Mayer imposa sa conception du cinéma à la MGM pendant longtemps. Par conséquent, les artistes sont réduits au rôle d’exécutants. Ce système n’est en effet pas connu pour favoriser l’expression individuelle des cinéastes. Un film de studio, c’est donc un film à visée commerciale, destiné à plaire au plus large public possible et dont les choix artistiques dépendent en grande partie des producteurs. On l’oppose souvent à un cinéma dit « d’auteur » pour les raisons énoncées ci-dessus.

Plusieurs scénaristes, plusieurs réalisateurs

Le Magicien d’Oz offre un exemple type de ces films de studio. D’une part, c’est une superproduction : film à gros budget, décors monumentaux, couleurs, effets spéciaux, vaste distribution. D’autre part, c’est un film où se succèdent plusieurs auteurs. On compte en effet quatorze scénaristes dont seulement trois seront crédités au générique (le scénario définitif est remis le 8 octobre 1938)… Et quatre réalisateurs.
Le premier, Richard Thorpe qui a intégré la MGM dans les années 30 (Tarzan trouve un fils, Les Aventures de Tarzan à New-York) est renvoyé au bout de deux semaines. En effet, Mervyn LeRoy (réalisateur-producteur) observe les rushes sans grande conviction. Rien ne lui plaît : Judy Garland est très maquillée, porte une perruque blonde, la réalisation manque de rythme, cela ne fonctionne pas. Richard Thorpe est remplacé par George Cukor qui développe en quelques jours le personnage de Dorothy tel que nous le connaissons, la brune espiègle au nez retroussé. Mais il ne reste pas longtemps sur le tournage car une autre superproduction MGM l’attend, le chef-d’œuvre Autant en emporte le vent, qui raflera plusieurs oscars en 1940 (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté…). Victor Fleming le remplace et réalise la majeure partie du film. King Vidor réalisera les scènes d’ouverture et de clôture au Kansas, en noir et blanc.

Star system : Judy Garland, vedette en puissance

Un film de studio repose aussi sur le star system qui se développe au cours des années 20 : chaque major impose une série d’acteurs sous contrat (sept ans environ). Les studios jouent sur l’impact publicitaire des artistes pour amener les spectateurs en salle.
Louis B. Mayer avec Judy Garland et Mickey Rooney, une autre jeune star du studio.
Dans cette logique, la MGM envisage d’abord Shirley Temple pour interpréter le personnage principal du film, mais la jeune actrice (11 ans) est sous contrat avec la 20th Century Fox qui refuse de prêter sa vedette.
Shirley Temple est déjà une star à la fin des années 30.
Le studio se tourne alors vers Judy Garland, une inconnue pour le moment (elle n’a joué que dans quelques petits films musicaux), sous contrat avec la MGM depuis l’âge de 13 ans. Arthur Freed insiste pour qu’elle obtienne le rôle.
On peut dire que les producteurs ont été visionnaires : le talent de Judy Garland a largement contribué au succès du film. La voix cuivrée, chaude et sensuelle de cette immense chanteuse (cette voix qui fera son succès) fait tout le sel du film. Cette ambiguïté entre son apparence juvénile et ce timbre de voix plus adulte traverse ce récit initiatique et lui donne une résonance particulière.
Si Le Magicien d’Oz crée un tournant dans la carrière de Judy Garland (elle reçoit un Oscar en 1940 pour son rôle dans Le Magicien d’Oz et dans Place au Rythme), son ascension illustre aussi les dérives du star system hollywoodien. En effet, pendant le tournage, elle subit la pression constante des producteurs qui la font travailler d’arrache-pied, lui imposent un régime très strict (café noir, soupes, cigarettes, port d’un corset pour l’affiner). On l’encourage aussi à consommer des médicaments pour se couper l’appétit ou des amphétamines pour lutter contre la fatigue. Le biopic Judy (2020) de Rupert Goold revient sur le retour sur scène de l’actrice, à Londres en 1968, et via quelques flash-back sur le tournage du Magicien d’Oz, où l’on découvre toutes ces dérives. En 1950, le studio décide de mettre un terme au contrat de l’actrice qui a 28 ans et souffre d’addictions.
Judy Garland interprète "Over the rainbow" d’Harold Arlen. Cette chanson culte sera la signature vocale de l’actrice / chanteuse pendant toute sa carrière.
Quelques films incontournables avec Judy Garland :
- Place au rythme (1942)
- Le chant du Missouri (1944)
- Le Pirate (1948)
- Une étoile est née (1954)

Des producteurs visionnaires

Si ce musical a toutes les caractéristiques du film de studio (plusieurs réalisateurs, star system, etc.), il n’en demeure pas moins un chef-d’œuvre où les producteurs visionnaires ont su anticiper les attentes du public…et y répondre ! Les années 30 / 40 sont en effet celles de la crise économique aux États-Unis. Les films de l’époque se divisent en deux grandes catégories. D’une part, des œuvres réalistes, en prise avec l’actualité, de l’autre, un cinéma de l’oubli, du divertissement, traversé par le rêve et la féérie (Fantasia par exemple). Le Magicien d’Oz, adaptation d’un conte de littérature jeunesse, s’inscrit dans cette seconde catégorie.

Une adaptation : du livre au film

Le cinéma hollywoodien s’inspire beaucoup d’œuvres littéraires à ses débuts. Cette référence au patrimoine culturel s’inscrit dans une quête de légitimité, mais aussi dans une logique commerciale : des histoires ayant remporté un succès de librairie donneront forcément des films grand public. L’ambition des producteurs est même de « sublimer » l’œuvre de départ grâce au cinéma, nouveau médium révolutionnaire. Ce raisonnement est prégnant depuis le succès de Blanche-Neige et les sept nains (1937). En effet, ce classique de l’animation est à l’origine un conte des frères Grimm publié en 1812, dont la transposition par Disney a été un véritable triomphe. C’est dans cette logique que Louis B. Mayer se met en quête d’un livre pour enfants susceptible d’être adapté. Il se tourne vite vers The Wonderful Wizard of Oz (1900) de Lyman Frank Baum, succès de librairie de l’époque. Il contacte le fils de Baum pour acquérir les droits qu’il obtiendra après de longues négociations et pour la somme de 40 000 $.
« Mes livres sont destinés à tous ceux dont le cœur est resté jeune, quel que soit leur âge » (Lyman Frank Baum)
The Wonderful Wizard of Oz (1900) de Lyman Frank Baum s’inspire d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (1865) et des contes des frères Grimm (Blanche-Neige, Cendrillon et d’Andersen (La Petite sirène). L’œuvre rencontre aussitôt un immense succès : elle est traduite dans plusieurs langues. Si le film transpose ce conte à l’écran, il n’en reste pas moins une réécriture, donc une nouvelle interprétation de l’œuvre initiale. Par exemple, les producteurs choisissent que ce monde merveilleux sera en fait un rêve. Ils altèrent aussi d’autres éléments du conte : les souliers d’argent deviennent des souliers de rubis et certains personnages ne sont pas conservés.
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