ACTE 2 : EXPLORER UN MONDE INCONNU : L’ÎLE DES MAXIMONSTRES, ENTRE RÉALISME ET MERVEILLEUX

C’est un voyage onirique et joyeux mais aussi sombre et grave, qui retranscrit la complexité de l’enfance. Cette dualité est soulignée par une tension entre réalisme et merveilleux. D’une part, merveilleux, car les Maximontres sont des créatures extraordinaires et fascinantes aux allures impressionnantes qui rappellent les créatures mythologiques mi-homme mi-animal du voyage d’Ulysse, comme le minotaure (mi-homme, mi-taureau), les sirènes (mi-femme, mi-oiseau), les chimères, les harpies, etc. Parmi eux : K.W, Carol, Douglas, Bull, Judith, Ira, Alexander, etc. D’autre part, réaliste, car de nombreux échos sont ménagés avec le premier acte.

LE MERVEILLEUX

Ce nouvel univers extraordinaire forme un contraste avec le monde du premier acte. D’abord, visuellement. Les monstres ont en effet été conçus dans des ateliers. Leur fabrication a duré huit mois. Spike Jonze n’a pas utilisé à outrance les effets spéciaux : il a tourné avec des acteurs en costumes. Les mouvements du visage ont été affinés ensuite numériquement.

LES MONSTRES

Les monstres sont des figures traditionnelles des récits étranges. « Monstre » vient du latin « monstrare » qui signifie « montrer », et de « monere », « avertir », « éclairer ». Les monstres fascinent par leur étrangeté qui suscite effroi ou curiosité, et les porte à la marge. Néanmoins Spike Jonze renverse ce lieu commun. Les monstres sont humanisés, dotés d’un prénom et d’une personnalité bien trempée. Celle-ci contribue à les rendre attachants, tout comme leur apparence de grosses peluches. Elle les rapproche « d’archétypes », facilitant ainsi l’identification avec les spectateurs (Carol, le chef naturel du groupe, Alexander, la chèvre immature, KW, la mère douce et bienveillante, Douglas, le mentor et la voix de la sagesse, Judith, cynique et jalouse).
Nous comprenons vite que c’est en réalité Max le monstre dans ce nouvel univers : il est en marge et ne maîtrise pas encore les codes de cette communauté. Ce plan d’ensemble qui réunit les monstres dans une même unité, tandis que Max apparaît isolé au plan suivant dans le contre-champ souligne cette idée.

DES CORRESPONDANCES AVEC LE MONDE ORDINAIRE : UNE REPRÉSENTATION CATHARTIQUE ?

Le contraste avec l’univers de départ est évident. Néanmoins de nombreuses ressemblances se dessinent, car chaque monstre est une extension des peurs de Max. Nous voyageons donc dans les représentations du jeune garçon, d’où ce renvoi à des scènes du premier acte, qui donne un caractère réaliste à l’aventure. Par exemple, à la bataille de boules de neige répond la bataille de mottes de terre ; à la course poursuite avec la mère répond la course poursuite avec Carol. Le scénario repose sur un système de répétitions / variations, destiné à mettre en lumière l’évolution du personnage. En effet, Max ne réagit pas de la même manière : en observant chez les autres ses propres réactions, il les comprend, les dépasse.

La représentation permet alors à Max de mettre à distance ses émotions. C’est le principe de la catharsis : Max et les spectateurs peuvent se « purger » de leurs émotions négatives. Le protagoniste passe donc d’émotions subies à des émotions comprises : cette nouvelle maîtrise est rendue sensible par la représentation de la figure du roi. Au costume du loup s’ajoute une couronne et un spectre.

Max, roi des Maximonstres, un coup de bluff ?

Max endosse le rôle du roi — donc l’archétype du leader — et trouve un équilibre par ce biais avec la communauté. La rencontre fonctionne : immenses fêtes, roulades dans le désert, construction d’un fort. Le spectateur vibre par identification. Néanmoins ce statut se révèle rapidement une impasse. D’une part, il repose sur un mensonge de Max à lui-même : la figure du roi se substitue à celle du loup mais empêche Max de se révéler pleinement : elle est un nouvel artifice — un nouveau déguisement. D’autre part, c’est une illusion destinée à berner les Maximonstres. En effet, pour sauver sa peau et assouvir ses fantasmes, Max invente un récit épique où il déclare avoir vaincu des monstres qui attaquaient sa forteresse de glace. Cette scène installe donc un effet d’ironie dramatique : le spectateur a connaissance de quelque chose que les personnages ignorent encore. Le suspense est créé — on sait que l’équilibre du groupe est fragile, et on craint les réactions des monstres lors de la révélation, scène attendue.

EXPLORER DES RÉGIONS INCONNUES : LES DIFFÉRENTS DÉCORS DE L’ÎLE.

Son pouvoir enfin sacré, Max peut transformer l’île et s’y promener. Cette exploration concourt à une diversité visuelle, car l’île est composée de lieux variés comme la forêt, le désert, la mer.
Visuellement intéressants, ces espaces naturels racontent aussi les personnages. L’océan peut ainsi correspondre à la peur de l’inconnu, le désert symboliser l’angoisse d’abandon, la montagne, le désir de grandir, la forêt, un lieu ambivalent, de refuge et de chasse. La narration gagne ainsi en expressivité grâce au choix du décor. Par exemple, ce monde sauvage et informe (première apparition) — qui exprime la faiblesse de Max — s’organise progressivement, avec la construction d’un fort en bois tressé. Symboliquement, on peut lire à travers cette appropriation de l’espace un désir de Max d’apprivoiser ses pulsions.

DEUXIÈME ANALYSE FILMIQUE :
(01:05:44 à 01:18:26)

« Alors Sire, tu règnes à coup de bagarres ? » demande Judith à Max. La bataille de mottes de terre a semé la zizanie sur l’île. Ce jeu archaïque proposé par Max, qui consiste à se « faire la guerre et se castagner complètement », lève les doutes sur l’identité de Max. Son statut de roi est contesté. Cette séquence est donc jalonnée par une série de révélations.
La composition de ce plan d’ensemble accroît la solitude et la tristesse du personnage. Au premier plan, Max est prostré contre un arbre. Le jeu de lumière met en évidence l’arrière-plan, vide, à la manière d’un clair-obscur. Le tronc sur lequel est adossé le protagoniste crée une diagonale, un mouvement descendant qui semble donner un caractère inéluctable au destin de Max, à sa « chute ». La bande sonore renforce cette mélancolie.
Max a envie de rentrer chez lui. La composition symétrique de ce plan traduit sa nostalgie, mais aussi sa détermination. C’est un paysage état-d’âme.

UNE SÉRIE DE RÉVÉLATIONS : CELLE DES MAXIMONSTRES PUIS…

Les réactions des personnages varient face à l’imposture de Max.
« T’es pas vraiment roi, hein ? T’es qu’un garçon ordinaire. » demandera Alexander à Max. Max, en amorce, s’apprête à rejoindre Alexander. La distance qui les sépare est rendue sensible par la grande profondeur de champ. La profondeur de champ désigne la portion d’espace dans laquelle l’image est nette.
« Il n’y a pas le moindre roi. Il n’y a qu’un garçon qui joue au loup, qui joue au roi » déclare Douglas à Carol. La prise de conscience de Carol provoque sa colère, mise en exergue par un élément du décor, le feu crépitant au second plan. La contre-plongée nous place dans le point de vue de Max : elle rend le Maximonstre plus impressionnant, toisant et menaçant.

…CELLE DE MAX

La révélation de Max est salutaire : elle le conduit à une véritable renaissance. Cette prise de conscience forme un contre-point avec une scène de la première partie du film, où Max s’échappe de chez lui, poursuivi par sa mère. D’une part, on peut noter une identité sonore : le même thème musical est utilisé (« Animal » de Karen 0 and The Kids) ; une identité dans le dialogue (Max crie à Carol : « tu es ingérable ») ; enfin, un traitement visuel similaire (une caméra portée, un montage parallèle).

« Il a peur, c’est tout »

Cette scène comporte néanmoins de nombreuses différences. Au début du film, Max fuyait son logis pour embarquer dans un monde inconnu. Ici, il ne peut s’échapper : il est stoppé net dans sa course par KW, en travers de son chemin. Le lieu choisi pour la révélation est symbolique : le ventre du Maximonstre incarnant l’archétype de la mère. En comprenant la réaction de Carol, Max met à distance ses émotions. Il reconnaît l’importance de la famille et le rôle protecteur de sa mère.
Ce plan réactive un leitmotiv du film : celle de la grotte / cabane incarnant un refuge. Pour la première fois, Max s’y sent à l’étroit.
Max « sort » littéralement du ventre de KW comme un nouveau-né. Les gros plans montrent le visage humidifié de Max et son regard abasourdi. Les mouvements de caméra (panoramique ascendant) accompagnent cette mise au monde, qui connote positivement, s’apparente à une élévation.
« Si seulement vous aviez une maman ». Max ne porte plus sa couronne ni sa capuche, contrairement aux scènes précédentes. Il retire le masque derrière lequel il se cachait. Lors d’une prise de conscience, le héros se voit enfin tel qu’il est vraiment et s’accepte pour la première fois.
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