ACTE 1 : RECRÉER LE MONDE : UNE ODE AUX POUVOIRS DE L’IMAGINATION

L’Étrange est un des registres du surnaturel, avec le merveilleux et le fantastique. Le merveilleux correspond à un surnaturel accepté, tant par les spectateurs que par les personnages. Ce registre diffère de l’étrange, où l’on débouche sur une interprétation rationnelle des éléments surnaturels qui le traversent. Quant au registre fantastique, il se place entre le merveilleux et l’étrange : il produit une incertitude entre le surnaturel et le naturel, le possible et l’impossible. Le lecteur / spectateur est incapable de trancher. Max et les Maximonstres utilise un registre merveilleux.

La transition vers le monde extraordinaire — qui correspond à un voyage réel en barque —installe le registre merveilleux. Celui-ci a été préparé par plusieurs effets d’annonce et par la représentation d’un monde ordinaire inconfortable où Max rencontre des conflits. La séquence choisie s’organise donc autour du passage entre ces deux univers. Comment les personnages et les spectateurs passent-ils d’un monde à l’autre ? Quel élément déclencheur le motive ?

UNE OUVERTURE RÉALISTE ET SAISISSANTE

Représenter les difficultés que le personnage rencontre dans le monde de départ permet de construire de façon vraisemblable la recherche d’une échappatoire. En effet, Max ne trouve pas sa place dans le monde du premier acte. Il s’y ennuie : cette banlieue américaine est fade. C’est l’hiver. Il est incompris et rencontre différents types de conflits. Aux disputes avec sa sœur s’ajoutent des prises de conscience difficiles, ainsi que le manque d’attention de sa mère, et la présence de l’amant que Max voit comme un concurrent. Nous comprenons que ce monde du premier acte est inconfortable.

« Comme toute chose : le soleil mourra »
Le film aborde des thématiques sombres, la solitude par exemple, mais aussi les premières confrontations à la mort, montrées à travers le regard de Max : « Je voulais qu’on voit les choses comme elles peuvent être vues à travers le regard d’un enfant de neuf ans. » déclare Spike Jonze.
Tandis que Max est en voiture avec sa famille, sous un temps pluvieux, la voix-off du professeur continue. On entend une longue énumération des différents fléaux susceptibles de causer la fin de l’humanité. L’étirement de cette voix-off sur ces plans rapprochés, où l’on voit tour à tour, Max, sa mère puis sa sœur, seuls dans le cadre, souligne la solitude de chaque personnage, pourtant réunis dans un même lieu clos. Ils semblent ainsi enfermés dans leur condition humaine. Max réalise que ceux qu’il aime sont, comme le soleil, voués à mourir.
L’imagination permet à Max de s’extraire de la réalité, de s’évader. L’utilisation de la lumière qui éclaire une partie de son visage, ainsi que la parcelle de ciel bleu visible par la vitre participe de cette idée : l’imagination rend le monde plus beau, plus acceptable.

Cette ode à l’imagination ne cesse d’être filée dans ce monde insipide du premier acte. Max trouve refuge dans une cabane construite dans sa chambre, où il imagine un monde peuplé de peluches — encore inanimées. Comme un démiurge, il allume et éteint la lumière, devenant ainsi le narrateur d’une histoire, ce qui annonce son futur rôle de roi au pays des Maximonstres.
Le décor de ce plan est un moyen de caractériser le personnage principal, mais aussi d’égrener des effets d’annonces, donc de préparer le monde merveilleux. Au premier plan, on peut voir la mappemonde, la lunette et le costume de loup. Situés à l’extérieur de la cachette de Max, ces éléments de décor sont signifiants : le protagoniste devra s’extraire de cette bulle protectrice pour partir à l’aventure et affronter ses peurs. Pour le moment, il n’est encore que « l’ombre de lui-même » comme peut le suggérer cette mise en scène où la silhouette de Max se dessine derrière le tissu.

« J’ai reconstruit le fort, viens dedans ! »

Le réel est présenté comme décevant. Chez Max, il n’est question que de manger, de débarrasser la table, de ranger ses affaires. Des préoccupations assez prosaïques qui laissent peu de place au jeu. L’incident déclencheur survient lors de la dispute entre Max et sa mère, incarnée par Catherine Keener. Une tierce personne — l’amant joué par Mark Ruffalo — forme un obstacle à la relation fusionnelle parent / enfant. Les désirs de Max sont contrecarrés, le conflit, inévitable.
L’utilisation d’un champ / contre champ (nous voyons successivement de face un interlocuteur, puis l’autre) et d’une plongée / contre plongée accentue la tension entre les deux personnages. La plongée illustre le désir de pouvoir de Max. Il aimerait être plus grand, et / ou dominer les autres, comme l’attestent les choix de mise en scène de la séquence, par exemple quand il monte sur des livres ou sur la table.
Max mord sa mère à l’épaule. Filmer Max ici en plan rapproché est un moyen de mettre en exergue le jeu bouleversant du jeune Max Records, qui exprime toute la détresse et l’impuissance du garçon qui blesse ceux qu’il aime involontairement. L’utilisation d’une plongée (la caméra est placée au-dessus du sujet) peut signaler que Max n’est plus maître de ses émotions : il les subit encore. Via cette scène, le « besoin moral » du personnage est exprimé : Max doit apprendre à contrôler ses émotions.

LE PASSAGE VERS LE MONDE MERVEILLEUX

Le registre merveilleux est préparé par plusieurs éléments. D’abord une transition visuelle : à la lumière artificielle de la maison se substitue l’obscurité des rues autour de la maison de Max, puis la pénombre de la forêt. Si cette transition est visuelle, elle est aussi sonore. Un thème musical — « Animal » de Karen 0 and The Kids — fait résonner des rythmes effrénés aux connotations primitives et animales, qui entremêlent cris et accords de guitare.
L’indétermination de la durée du voyage de Max concourt à l’installation du registre merveilleux. Le passage vers l’autre monde est en effet jalonné de fondus enchaînés. Ce procédé de montage relie deux plans autrement que par une coupe franche (une coupe franche ou « cut » désigne le passage d’un plan à un autre sans effet de liaison). Cela contribue à rendre la temporalité floue.
Le voyage commence. Le caractère inquiétant de cette transition vers l’inconnu est renforcé par l’obscurité qui règne et le thème musical utilisé. La composition de ce plan avec Max au centre et la rive (point de fuite) qui s’éloigne progressivement nous amène à considérer la solitude du personnage. Ce procédé rend par ailleurs sensible le dispositif cinématographique. Volontairement expressif, il peut être interprété comme un signe qui manifeste aux spectateurs l’entrée dans la fiction, dans un monde merveilleux.
La barque sera le moyen de locomotion vers l’autre monde. Max y grave son nom. Façon de marquer sa propriété, mais aussi de montrer qu’il nous « embarque » avec lui dans son voyage.

UNE NOUVELLE PÉRIPÉTIE : ACCOSTER SUR L’ÎLE DES MAXIMONSTRES

Le passage du second seuil — l’arrivée en pleine tempête sur l’île des Maximonstres — constitue un premier défi à relever. C’est un monde difficile d’accès d’une part géographiquement : Max rencontre de nombreux obstacles (la tempête, la falaise). D’autre part, psychologiquement, Max n’a pour l’instant aucun adjuvant pour l’aider à relever ce défi. Il est donc une nouvelle fois confronté à sa solitude.
Pour découvrir l’île, le réalisateur a opté pour le choix d’un panoramique de gauche à droite : les vagues puissantes qui s’échouent avec fracas semblent projeter Max vers les falaises : elles rappellent la nature dangereuse de son aventure. Par ailleurs, ce plan d’ensemble souligne la solitude du protagoniste, à peine visible, perdu au milieu des éléments naturels.
Alors qu’il gravit la falaise, Max provoque un éboulement de rochers qui met en péril son équilibre. On peut interpréter ce passage comme un point d’action permettant d’illustrer la détermination du personnage. C’est aussi une façon de mettre en scène la possibilité d’un échec.
Le spectateur se demande si Max arrivera sain et sauf en haut. La plongée totale et vertigineuse crée donc un effet d’attente anxieuse en réactivant un lieu commun des films d’aventure.

UN MONDE DIFFICILEMENT LISIBLE

Il est impossible de prime abord de déchiffrer le pays des Maximonstres, difficilement lisible. Des branches obstruent la vue, des bruits d’explosion retentissent et provoquent des éclats sombres, des panaches de fumée s’échappent, etc. Tout semble chaotique, informe et sauvage. Ces éléments contribuent à brosser une atmosphère inquiétante, renforcée par les contrastes de lumière, et l’apparition de figures massives et étranges : les Maximonstres.
Un « plan subjectif » est un plan qui permet au spectateur d’adopter le point de vue d’un personnage, comme s’il voyait à travers ses yeux. C’est le cas ici : le spectateur doit, à l’instar de Max caché derrière les arbres, aiguiser son regard pour saisir les informations essentielles. Nous sommes donc nous aussi saisis d’une même pulsion scopique. La question dramatique de l’acte 2 est posée : Max réussira-t-il à s’adapter à ce nouvel univers et à ses lois ?
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