LES FONCTIONS DE LA MUSIQUE, ET LEUR APPLICATION DANS LES FILMS DE LA PROGRAMMATION

Kerity la maison des contes, Jour de fête, Sidewalk Stories, La Tortue Rouge : ces quatre films au programme d’École et cinéma exploitent ces deux fonctions de la musique : illustrative et narrative.

Note pour guider les réflexions : en matière d’analyse filmique, lorsqu’on s’intéresse à la musique, le premier geste consiste à interroger sa source :
est-elle intra ou extradiégétique ? En d’autres termes, peut-on identifier son origine à l’image ? Les personnages entendent-ils la même chose que les spectateurs ?

La musique illustrative

Comme écrit précédemment, cette fonction de la musique au cinéma est la plus courante, la mieux connue : elle accompagne le film sans interroger son propos. Kerity la maison des contes a recours exclusivement à cette fonction. Voyez cet extrait :
La musique, légère, aux accents exotiques, est parfaitement conforme à l’image : ce sont les vacances, les enfants jouent sur la plage…

La musique narative

Dans cet extrait (La Tortue Rouge), la musique est-elle simplement illustrative ? La séquence est construite en deux temps. Le premier s’avère plutôt illustratif : lancinant, montant en crescendo à mesure que la vague approche. Puis, un bref silence au moment où elle s’abat sur l’île et l’apparition d’un nouveau thème musical qui semble en contrepoint de l’image. Dramatique, lyrique, chanté, il se détache à peine du vacarme de la destruction.
Comment l’expliquer ? Voici peut-être une proposition. Ici, la musique semble « en avance » sur l’image : plutôt douce et mélancolique alors que la séquence porte une violence intense, elle semble décrire le monde « d’après » le tsunami. Elle anticipe le propos du film, comme si elle portait en fait la voix d’un narrateur omniscient.

Cette voix narrative constitue une autre fonction essentielle de la musique au cinéma, bien que plus discrète que la première. C’est celle qui joue en contrepoints, en nuances — en silences, aussi. Le spectateur attentif y trouvera souvent les clés de lecture d’une œuvre.

Dans le cinéma de Jacques Tati, la musique joue en général ce rôle précis et méticuleux, comme tous les autres éléments de mise en scène, d’ailleurs.
Dans cet extrait en particulier(Jour de fête), c’est le sentiment de l’enfant qu’exprime cette musique-narratrice. On le comprend en posant à nouveau cette question : d’où vient la musique ? Impossible d’en identifier la source : aucun musicien, pas de hauts-parleurs, rien. Et pourtant ! Voyez comme l’enfant sautille en rythme. C’est l’image qui vient se synchroniser avec la musique, non pas le contraire. On comprend après-coup que ce thème musical est associé à l’intériorité de l’enfant, et par la suite à la nostalgie de l’adulte qui s’en souvient.
Dès la séquence d’ouverture, la musique annonce ainsi le propos du film et de son auteur : Tati est fasciné par la modernité, mais nostalgique de la vie d’antan. Le point de vue de l’enfant marque ce caractère nostalgique qui décrit la fin d’une époque douce, tout en jetant un regard émerveillé sur la frénésie de la modernité.

Ces deux fonctions ne sont évidemment pas hermétiques l’une à l’autre. Un même film peut tout à fait les utiliser toutes les deux ; c’est le cas de Sidewalk Stories.
L’artiste vient d’assister à l’agression et au meurtre du père de la petite fille. Le premier thème musical de la séquence, perturbé, désordonné, opère la transition avec un nouveau moment. Sorti de la ruelle avec l’enfant dans sa poussette, l’artiste la laisse là pour continuer son chemin. Il fait quelques pas, et s’arrête. Un nouveau thème a commencé, doux, lent, enfantin. L’homme se ravise, revient vers l’enfant, et reprend sa route avec la poussette. La musique est devenue comptine, l’artiste est devenu père. La musique est donc ici parfaitement illustrative. Elle exprime l’hésitation, puis la décision ; elle accompagne la naissance du sentiment de paternité.
Avant la rencontre avec l’enfant, le film nous présente son décor : New York, en particulier les rues bohèmes et délabrées de Greenwich Village. Cette séquence est caractérisée par une musique à la fois jazz et punk, en contrepoint du propos de l’image, qui pourrait être plutôt misérabiliste. Bien au contraire : la musique porte bien la voix d’un narrateur inconnu et temporaire — un passant probablement — qui promène son regard et le nôtre dans ces rues, certes pauvres, mais qu’il affectionne. Lorsque ce regard est surpris par les numéros successifs des artistes, la musique intérieure du narrateur se transforme, comme une parenthèse suspendue… puis la marche reprend.
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