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Symphonie pour un ESAT

Un projet associant atelier de réalisation et atelier de création musicale et sonore à l’ESAT du Tréport

Novembre 2023 à avril 2024


LE PROJET
Un ESAT est un établissement et service d'aide par le travail c’est-à-dire un établissement de travail protégé, réservé aux personnes en situation de handicap et visant leur insertion ou réinsertion sociale et professionnelle. 

L'ESAT du Tréport a sollicité le dispositif Passeurs d'images, il y a un an et demi, pour imaginer un projet d’éducation aux images. Lors d'une première rencontre à l'ESAT, le directeur de la structure a proposé une visite de l'atelier, où travaillent une partie des travailleurs. Ce lieu s'est avéré être un vrai décor de cinéma! L'intervenante pressentie étant Gabrielle Schaff, une idée a tout de suite germé, inspirée par son film documentaire "Symphonie pour hypermarché" où l'on découvre du lever du rideau de fer à la fermeture de l'hypermarché, le ballet de la consommation de masse, rythmé par la Symphonie fantastique de Berlioz. Dès ce moment, est née l’idée de réaliser un film, inspiré du premier, qui s’appellerait “Symphonie pour un ESAT”.

L'ESAT ayant 3 activités principales : conditionnement (dans l'atelier), espaces verts (en extérieur) et ménage dans des entreprises, ces différents lieux de tournages sont envisagés. Deux rencontres ont eu lieu en amont du projet avec les travailleurs de l'ESAT : la première pour faire connaissance, leur proposer le projet, la deuxième autour d'une projection de "Symphonie pour hypermarché" en présence de sa réalisatrice, faisant naître des attentes très grandes des travailleurs.

Ce projet comprend 11 jours d'ateliers de réalisation avec la réalisatrice et autrice Gabrielle Schaff, 5 jours d'atelier de création musicale et sonore, de captation de sons de l'ESAT avec le musicien, compositeur et bruiteur Jean-Carl Feldis et 2 jours avec l'ingénieur du son Olivier Lecoeur du studio Honolulu au Havre.

Le projet valorisera les compétences des travailleurs en situation de handicap tout en leur permettant de s'exprimer à travers l'art.

Cet atelier de réalisation d'un court métrage entre en cohérence avec les projets individuels des bénéficiaires de l'établissement en les aidant à développer leur confiance en eux, leur estime de soi, leur capacité à communiquer et à travailler en équipe de manière créative. Autant d'éléments susceptibles de favoriser le développement personnel et social, dénominateurs communs à tous les projets individuels des travailleurs.

La note d’intention artistique de la réalisatrice intervenante Gabrielle Schaff
Filmer les mouvements du travail en ESAT pour en saisir toute la chorégraphie : voici le pari excitant de la réalisation collective « Symphonie en ESAT ». Les travailleurs nous invitent à partager leur regard sur ce lieu singulier, où les personnes en situation de handicap ont accès à une activité salariée : les liens entre employés, la vie en collectivité, le dépassement de soi, mais aussi les contraintes, la fatigue, la nécessité de rendement. Du conditionnement au nettoyage, en passant par l’entretien des espaces verts, les cliquetis des machines et vrombissements de moteurs rythment cette danse avec les machines, en pleine nature ou dans un vaste open space métallique. Tour à tour derrière et devant la caméra, à la prise de son ou au cadre, les participants s’emparent d’autres machines : les outils du cinéma, agissant comme un miroir et une prise de distance ludique sur leur quotidien.

Entre 2019 et 2022, j’ai fait deux films documentaires de création : un ballet documentaire dans un hypermarché (Symphonie pour hypermarché), et un portrait croisé de cinq jeunes gens atteints de troubles psychiatriques (Le monde ordinaire), confrontés à la nécessité de travailler dans un monde qu’ils ont du mal à s’approprier. « Symphonie en ESAT » est

comme la synthèse de ces deux expériences, et je suis particulièrement heureuse que ce soit les travailleurs qui signent ce film.

Ensemble, nous irons à la recherche de la danse réelle déjà présente dans les gestes au travail, en la débusquant grâce aux valeurs de plans, ou aux mouvements de caméra.

La dimension musicale du film, en insufflant une part d’héroïsme aux travailleurs, redonne ainsi une part de grandeur aux personnes atteintes de handicaps, d’autant que ces images seront alternées, à leur demande, avec leurs récits, incarnés et vivants.

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Synopsis de "Symphonie pour hypermarché" de Gabrielle Schaff 

Le rideau de fer se lève à l’hypermarché Leclerc de Saint-Nazaire, comme tous les jours. À mesure que la journée s’écoule, les employés se relaient dans les rayons, les courses s’amoncellent dans les caddies, les emballages s’empilent… comme tous les jours.
Le travail en grande distribution semble parfaitement orchestré. Et au final, les produits se périment ou sont vendus. Qu’en est-il des femmes et des hommes, au cœur de la machine ? Rythmé par La Symphonie Fantastique de Berlioz, le ballet des produits et des êtres dévoile le futur de la consommation de masse.

Atelier de réalisation et de création musicale et sonore

Le projet est déjà bien avancé quand la coordinatrice du projet vient découvrir une étape de travail à l’ESAT.

La matinée commence par une séance de dérushage de scènes filmées dans l’atelier de conditionnement, dans des espaces verts peu accessibles nécessitant l’utilisation d’une corde et dans une école où il faut faire le ménage. La réalisatrice Gabrielle Schaff commente les images et le groupe s’exprime aussi. Certaines scènes sont accompagnées de musiques réalisées avec les travailleurs. Chacun peut voir que la musique peut accentuer le côté théâtral d’une scène et même trop parfois par rapport au reste du film. Plusieurs plans sont comparés afin de choisir les meilleurs. Jean-Yves a filmé une scène humoristique dans l’atelier avec une porte qui ferme mal, on est dans le registre du comique de répétition. Les scènes dans l’atelier sont réalisées en travelling, elles permettent de se rendre compte de l’activité qui se déroule en son sein. Les transitions sont aussi des sujets de réflexion. Sur un des plans, une personne sort de l’atelier, ça peut permettre d’enchaîner par une scène dans l’autre partie de l’atelier. Certaines scènes sont mises en scène, d’autres purement documentaires. Quelques paysages ont été filmés aussi, il faut dire que la ville du Tréport est un beau décor, ils apporteront quelques respirations. Des plans d’insert seront ajoutés, comme un seau et une serpillère dans l’école.

En grand groupe ou parfois en demi-groupe (si certains sont partis sur un tournage), le musicien Jean-Carl Feldis travaille sur la matière sonore. L’atelier a commencé il y a quelques jours par un atelier bruitage sur des extraits de films. Il s’est poursuivi par des temps de recherche sonore. Différents instruments sont à disposition, un des morceaux est composé de balais de percussion, de piano, de wave drum (une percussion électronique) et d’un violoncelle électrique. Même sans être musicien, il est possible de composer guidé par l’intervenant. Quand un essai est fait, le groupe est consulté. A un moment, Jean-Carl Feldis demande si ça ne dérange pas les participants s’il fait des essais de musique, la réponse est : “Fais comme chez toi!”. Le groupe semble très soudé, il y a une très bonne ambiance. Les travailleurs voient aussi la différence entre du son en direct et une mise en musique. Le son peut enrichir l’image, lui donner une tonalité. Comme souvent, il y a des problèmes avec le vent, heureusement le son est meilleur en utilisant une perche mais il ne faut pas qu’elle soit dans le cadre! 

Quand le film sera plus avancé, le groupe ira enregistrer des voix en studio et découvrir le travail du mixage.

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