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QUATRE FIGURES PIONNIÈRES

Les artistes suivants constituent quatre figures incontournables d'un cinéma d'animation avant-gardiste, touche-à- tout, libre mais minoritaire, qui questionne son propre langage et en explore les limites pour mieux les dépasser.
Leur filmographie est à découvrir d'urgence.

ÉMILE COHL

ÉMILE COHL

Le français Émile Courtet, dit Émile Cohl (1857-1938), est généralement crédité de la paternité (1) du film d'animation dans la plupart des livres d'histoire du cinéma. Aux expériences du premier grand magicien de l'image, Georges Méliès, Émile Cohl, illustrateur de métier, a associé le dessin, schématique puis sophistiqué, aux trucages les plus innovants de l'époque avec une sensibilité artisanale qui étonne encore le spectateur novice par son impressionnante modernité.

En 1908, le premier film d’Émile Cohl s'intitule Fantasmagorie. Sur un fond noir, il dessine à la peinture blanche un clown sommaire qui introduit une succession de scénettes humoristiques sans liens cohérents, terminée par un salut au spectateur depuis le dos d'un cheval rieur.

Ce dernier plan est le point de départ de Ouature. De Fantasmagorie, le film de Paatrice a repris non seulement l'esthétique simplifiée à l'extrême, le mécanisme de la charade absurde, le rythme fluide , l'ingérence du créateur-cinéaste, mais il en a réactivé avant tout la folle candeur, celle de l'enfant émerveillé par ses propres découvertes.

Fantasmagories (1908)


Le cauchemar de Fantoche/Drame chez les Fantoches (1908)

On remarquera l'évolution très rapide de la technique de Cohl. Bien que rudimentaire à nos yeux, elle fixe des bases narratives et rythmiques toujours appliquées ou questionnées un siècle plus tard.

NORMAN McLAREN

NORMAN McLAREN
Écossais d'origine, Norman McLaren (1914-1987) a accompli une grande partie de sa carrière à Montréal au sein du prestigieux Office National du Film du Canada. Cette institution toujours en activité offre un cadre de création optimal à des cinéastes-expérimentateurs du monde entier.

La filmographie de Norman McLaren couvre tout le spectre des possibles ciné-graphiques* , avec ou sans caméra. Prolongeant l'œuvre du génial innovateur Len Lye, il a gravé manuellement l'image et le son de certains de ses films à même la pellicule. Inventeur de la technique de pixiliation* , découvreur et mentor de talents internationaux, il fût aussi un habile théoricien de son art profondément altruiste.

Avec son film Voisins, McLaren a notamment fait voler en éclat le dogme de la lumière artificielle en animation. Le tournage image-par-image avec acteurs effectué au mépris des variations lumineuses du soleil a instauré une nouvelle relation à la réalité filmée et ouvert des horizons encore insoupçonnés.

Voisins (1952)

Cause banale et conséquences désastreuses d'un conflit de propriété. Une implacable métaphore de la virilité et de sa vanité.

Blinkity Blank (1955)

Littéralement « clignements vides », Blinkity Blank offre aux spectateurs le loisir de combler les interstices – visuels et sonores - incomplets du film.

ROBERT BREER

NORMAN McLAREN
Robert Breer (1926-2011) est un artiste nord-américain et l'une des grandes figures du cinéma expérimental* aux côtés de Jonas Mekas et Stan Brakhage, entre autres. Au début des années 60, ils fondèrent ensemble une coopérative de distribution qui permit la diffusion mondiale de leurs œuvres atypiques dans les circuits indépendants, les musées, galeries et universités.

Inspiré initialement par la peinture abstraite et l'art cinétique des années 20, Breer oriente ses créations vers le cinéma à partir de 1952. Des formes abstraites puis figuratives s'y meuvent, se décomposent et se métamorphosent au gré du hasard et des contraintes imposées par leur différents supports de réception. Ainsi, les tracés imprécis à même la pellicule, les jeux de formes et de signes incohérents, les dynamiques gestuelles, les associations d'images sans liens directs apparents, définissent des paysages insolites et néanmoins familiers. Ceux de l'enfance, de la petite-enfance dont nous ne gardons presque aucun souvenir.

L'abstraction artistique, dont beaucoup de cinéastes expérimentaux se revendiquent, ne développe aucune narration. La forme est privilégiée au fond. La recherche plastique prime sur la représentation d'éléments identifiables. Dans ces œuvres, souvent incompréhensibles parce qu'il n'y a rien à comprendre, le spectateur projette ou non ce qu'il porte en lui au moment où il regarde. Un même film se charge ainsi d'autant de significations et d'émotions qu'il y aura de visionnages par un même spectateur à différents moments de sa vie.

Constamment interpellé sur la filiation de son film le plus connu, A Man and His Dog Out of Air, Robert Breer expliquait :
« Je pense que ce qui me rapproche d’Émile Cohl, c'est sa métamorphose des traits, son jeu graphique. Ce que j'admire chez Cohl, c'est une espèce de malignité, il dénonce des choses, il y a un côté provocateur chez lui. » (Extrait d'un entretien audiovisuel de Robert Breer avec l'écrivain-critique Pascal Vimenet « 13 minutes avec Robert Breer » - Annecy, 2006)

A Man and His Dog Out of Air (1957)

Suite de métamorphoses graphiques presque exclusivement abstraites à l'exception d'un homme promenant son chien. Tous deux se dissolvent très vite dans le flux des tracés noirs sur fond blanc décomposés et recomposés sans cohérence apparente.

Bang! (1986)

Enchaînement stroboscopique d'images composites (collages, découpages, morceaux de vues continues, jeux graphiques) qui recourent notamment à la technique de rotoscopie. Celle-ci permet de décalquer des mouvements réalistes à partir de vues continues : on trace image-par-image les phases du mouvement d'un acteur ; ces tracés forment une séquence animée aux mouvements très réalistes.

SÉBASTIEN LAUDENBACH

NORMAN McLAREN
Sébastien Laudenbach (1973-...) est un cinéaste français indépendant qui développe depuis plusieurs années une technique ciné-graphique singulière appelée cryptokinographie. Les différentes phases d'un personnage en mouvement peuvent être dessinées de manière très incomplète mais une fois déroulées bout-à-bout, elles montrent une action parfaitement lisible.

Dans ce cas, le spectateur endosse un rôle très actif dans le récit. Autrement dit, un pan entier du film n'existe que dans la tête de chaque spectateur, chacun se créant sa propre histoire liée à son imaginaire.

La jeune fille sans mains (2017)

Bande annonce de son premier long métrage dessiné, mise en scène et animé seul par l'artiste avec des moyens réduits à l'extrême.

Toute latitude (2018)

Video-clip de la chanson de Dominique A.